Nouvelle date limite pour répondre à l’appel à projets: 1er décembre 2018

 

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Depuis les cinquante dernières années, plusieurs artistes ont transporté la peinture, la sculpture et le cinéma, dans l’espace architectural qui les entoure; durant la même période plusieurs architectes se sont intéressés à la pratique des arts visuels. Parfois en collaboration, parfois en compétition, cette rencontre agit maintenant comme le site principal de la création d’une image ou du façonnement d’un espace dans notre économie de la culture. L’importance de cette conjonction est due en partie à la prédominance des musées; mais cela englobe également l’identité de plusieurs autres types d’institutions, alors que les corporations et les gouvernements se tournent vers la connexion art-architecture afin d’attirer les affaires et d’inventer le branding des villes avec les centres d’art, les festivals etc… Souvent, lorsqu’il y a convergence entre art et architecture, des questions surgissent autour de nouveaux matériaux, des technologies et des médias numériques […][1]

Le déplacement, en 2018, du Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, vers l’École Thomas-Tremblay, a marqué un tournant important dans l’évolution de l’événement annuel devenu maintenant incontournable dans le paysage artistique québécois. Pour sa 37ème édition, le SIACBSP met de l’avant la thématique Art, architecture et environnement, sujet qui se positionne tout naturellement dans le sillage des enjeux abordés lors de l’édition précédente : L’Art et le politique.  Il est conséquent d’avoir de la suite dans les idées afin de tisser le fil d’Ariane qui puisse relier les éditions d’une même direction artistique. Déjà, au début de mon mandat, en 2017, j’avais pressenti les enjeux de Art, architecture, paysage et environnement se dessiner. L’idée principale étant d’offrir aux artistes une occasion de s’approprier la nouvelle maison du Symposium, avec objectif premier de réaliser des œuvres in situ autant à l’intérieur de l’immeuble qu’hors-les-murs de l’École. Cela constituerait un geste, une impulsion artistique, politique et sociale, une « création collective », en quelque sorte, dans la communauté-même de Baie-Saint-Paul. Bien sûr, ce ne sera pas la première fois que des artistes investissent l’espace public avec des œuvres spécifiques à un site, mais de composer un objectif collectif tout en respectant les démarches individuelles de chacun représentera, à mon sens, un nouveau défi et une aventure des plus stimulantes. Une aventure qui s’éloigne des commandes du « complexe de l’art et de l’architecture »[2], intimement lié à la société capitaliste dans laquelle nous évoluons. L’Art, l’architecture, le paysage et l’environnement peuvent indéniablement illustrer la représentation du pouvoir, selon le contexte préconisé par les commanditaires.

Art, architecture et environnement (et par extension le paysage) font ménage depuis 1961 au Québec, avec la création de la Politique d’embellissement du Ministère des travaux publics et des Approvisionnements, alors sous la gouverne de René Lévesque. Depuis l’implantation, en 1981, de la Politique d’intégration des arts à l’architecture et à l’environnement des édifices gouvernementaux et publics du Québec, nommée couramment Politique du 1%, force est de constater que cet héritage de la Révolution tranquille est encore méconnu de la population québécoise et souvent mal perçu par nombre d’artistes.

Le cahier « Débats » de La Presse+ du dimanche 19 mars 2017, consacrait un dossier à l’architecture et à son ancrage dans le paysage et la communauté, émettant alors un signal sans équivoque que la société civile devait maintenant prendre en compte l’importance de l’architecture. Elle est garante d’une meilleure qualité de vie, d’un développement durable. C’est dans l’air du temps, dans le zeitgeist. Des prises de conscience similaires se déroulent partout ailleurs dans le monde. Cette conversation, lors du SIACBSP 2019, sera une occasion à saisir pour les artistes afin d’approfondir cette réflexion inévitable et essentielle pour l’avenir de nos sociétés. Il ne s’agit pas ici, d’un projet institutionnel ou officiel, bien au contraire, mais plutôt d’une action collective qui laisserait des traces et permettrait d’inventer un nouveau paradigme de « l’art dans l’espace public », qu’il soit urbain ou rural. Est-ce une utopie? Je ne le pense pas.

Dans le cas de l’édition du SIACBSP 2019, post-G7, il serait inspirant de cheminer à contre-courant des politiques d’art public actuellement en vigueur afin de les « dés-officialiser ». À l’instar du travail d’anarchitecture, que l’artiste Gordon Matta-Clark a réalisé dans les années 1970, toujours conçu sur la lame du rasoir entre l’art et l’architecture, nourri d’une réflexion socio-historique sur ces deux formes souvent en tension l’une par rapport à l’autre. On peut imaginer un processus qui comporterait une enquête auprès des populations locales, régionales et touristiques, à l’aune de laquelle les artistes pourraient nourrir leurs réflexions. Mais, cette « méthodologie », ne doit en aucun cas empêcher de concéder aux artistes carte blanche dans la conception et la réalisation de cet ambitieux programme et de son aboutissement.

Les enjeux et les défis de ce « chantier » seront, à l’évidence, de taille : les artistes devront souscrire à une manière de travailler, collégiale et conviviale, orientée vers un but commun, tout en préservant chacun.e leur identité conceptuelle et esthétique. Il leur faudra également tenir compte, non seulement du bâtiment dans lequel ils seront à pied d’œuvre, mais également de l’environnement de Baie Saint-Paul, de sa géographie et de sa topographie si singulière au pied des montagnes et aux abords du Fleuve, nichées dans l’astroblème de Charlevoix, cratère constitué il y a 400 millions d’années par la chute d’une météorite[3]. Il leur faudra aussi prendre en considération l’historique de ce « village d’art du paysage » des débuts du XXe siècle, et des communautés diverses qui la fréquentent et y habitent aujourd’hui.

Au-delà des politiques en art public, la question de l’environnement, dans son sens le plus large, est cruciale en ce moment. L’Accord de Paris a été réfuté par l’Administration américaine. Les océans devenus les poubelles de la planète, les débats autour de l’électrification des transports collectifs et individuels et la volonté de cesser de dépendre des énergies fossiles, sont des enjeux de plus en plus intégrés à certaines pratiques artistiques. Cette thématique sera une occasion de réfléchir à l’art dans l’environnement (comprenant le paysage, le patrimoine bâti, ancien et contemporain, les infrastructures routières, etc.) d’une manière plus globale afin d’exprimer les problèmes criants auxquels nous sommes actuellement confrontés. Nous pourrions alors songer à échafauder un laboratoire de building et land art 3.0, ou d’art de l’environnement 3.0 (bâti, naturel, social, historique, artistique, technologique, etc.) pour l’édition 2019 du Symposium de Baie-Saint-Paul.

Toutes les disciplines des arts visuels et médiatiques sont les bienvenues. Voici, parmi d’autres, des sujets pouvant être conjugués au projet :

  1. L’architecture, comme l’un des deux premiers arts avec la musique, est-elle toujours conciliable avec l’art visuel, dans les projets d’intégration des arts à l’architecture, tel que souhaité depuis presque 60 ans?
  2. Travailler avec les architectes, architectes du paysage et spécialistes de l’environnement, pour arriver à un projet réellement intégré, en amont de l’établissement d’un programme architectural d’un bâtiment ou d’un aménagement paysager.
  3. Inventer un nouveau modèle pour faire se rejoindre art, architecture, paysage et environnement.
  4. Ces secteurs d’activités entendus comme un appel pour l’édification d’un monde pacifique, dans la reconstruction de villes détruites par les conflits armés et par les désastres naturels. Pour concevoir des villes « intelligentes » et qualitatives pour toutes les classes sociales.
  5. Des architectes ont conçu des modèles de camps de réfugiés où la vie est moins pénible que dans ceux où l’accès à une hygiène décente, à de l’eau potable ou à l’intimité, est limité voire impossible à atteindre. Est-il possible de penser à de tels lieux temporaires, où les personnes ne se sentiraient pas comme les exclus de la société?
  6. Le «paysage» entendu dans son sens le plus large et euclidien depuis la Renaissance italienne pourrait-il se muer en autre chose de plus ouvert, de plus inclusif (pensons au numérique, mais pas exclusivement)?
  7. La collaboration entre les acteurs des arts, de l’architecture, du paysage, de l’environnement et du développement durable, en plus de la mise à contribution de la collectivité, sont-elles des visions purement utopiques ou réalisables, dans la mesure du possible?

 

Sylvie Lacerte, Ph.D.

Directrice artistique, SIACBSP

[1] Hal Foster (2011) The Art and Architecture Complex, London: Verso, p. vii. (Traduction libre : Sylvie Lacerte)

[2] Idem

[3] Je pense ici à la thèse de doctorat Ruines et météores du regretté Jean-Claude Rochefort, qui pourrait constituer l’une des inspirations de ce projet ou à tout le moins servir d’outil de référence très riche.

 

CONDITIONS DE PARTICIPATION

Le Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul (MACBSP) est désigné comme étant l’organisme qui gère l’événement nommé Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul.

Douze dossiers seront retenus de la façon suivante : Six du Québec dont un du district fédéral Montmorency-Charlevoix-Côte-Nord, trois du Canada, trois de l’international. Tous les projets sont approuvés par le comité.

Le MACBSP s’engage à :

– Verser un cachet de 4500 $CAN incluant les matériaux et les droits d’auteur (payable en deux versements)

– Offrir l’hébergement

– Défrayer le transport aller-retour du lieu de résidence de l’artiste jusqu’à Baie-Saint-Paul.

– Fournir l’aménagement de l’espace/atelier sur le site du Symposium.

L’ARTISTE s’engage à :

– Être présent(e) sur le site 5 jours/semaine, soit du mercredi au dimanche de 12h à 17h et ce, pendant toute la durée du Symposium

– Réaliser une oeuvre sur place et la compléter pour la fin du Symposium.

– Interagir et échanger avec les visiteurs.

– Participer aux activités parallèles.

– Assurer son moyen de transport lors de son séjour à Baie-Saint-Paul.

Le comité de sélection choisira les participants en fonction de la qualité des projets et de sa relation avec le thème de l’édition. Tout dossier jugé incomplet ne sera pas considéré.

Le MACBSP pourra acquérir une ou plusieurs oeuvres pour sa collection, moyennant une entente avec l’artiste, soit sous forme monétaire (jusqu’à concurrence de 1000 $CAN), soit par l’émission d’un crédit d’impôt ou encore une combinaison des deux.

Pour information

Sandra Lavoie, adjointe exécutive à la programmation et aux opérations

418-435-3681

s.lavoie@macbsp.com

www.symposiumbsp.com

Pour soumettre votre candidature au 37e Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, veuillez remplir toutes les sections requises de ce formulaire. La taille totale de vos documents ne peut pas dépasser 20 meg. La date de tombée est le 15  novembre 2018 à 23h59 pm. Une fois soumis, il n’est plus possible de modifier votre formulaire. Vous recevrez une réponse quant à votre projet par courriel au courant du mois de janvier 2019. Les frais d’inscriptions sont de 25 $CAN, payables par Paypal.