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Thématique 2020

Le temps et les choses

« Si l’on conçoit des expositions avec des idées, de l’imagination, des souvenirs, de la volonté ou du vouloir, des intentions plus ou moins manifestes, de petites et grandes utopies, une somme de propositions et une variété d’attitudes artistiques, on ne les construit jamais qu’avec de l’espace et un bon tempo. La bonne distance entre les choses et le temps[1], alloués à leur réception, et nécessaires à leur compréhension, semblent être deux données fondamentales qui entrent dans l’élaboration d’une exposition [ou d’un symposium] d’art contemporain[2]. » Jean-Claude Rochefort, Ruines et météores, 2004.

Le temps et les choses paraphrase l’ouvrage de Michel Foucault, Les mots et les choses, qui conserve toute son actualité cinquante-quatre ans après sa parution en 1966. Dans ce texte fondateur, Foucault a élaboré un précepte sur l’origine des périodes historiques en Occident, de la Renaissance à notre ère. Le philosophe et historien avançait que les périodes de l’histoire ne se découpaient pas en tranches nettes et finies dans la ligne du temps chronologique, qu’elles ne se terminaient pas de façon abrupte d’une ère à l’autre, mais qu’un chevauchement s’insinuait plutôt, tel un palimpseste temporel suscitant une transition progressive se déroulant sur une durée de 50 à plus de 100 ans.

À l’instar de Les mots et les choses, Le temps et les choses pourrait évoquer de manière imagée l’entrelacement des genres et des disciplines d’aujourd’hui en arts visuels et la dilatation du temps. Par exemple, au début du 20e siècle, deux mouvements concurrents des avant-gardes se côtoyaient en parcourant chacun leur chemin parallèle et de façon parfois poreuse : les « duchampiens » (ready-mades, dada, surréalistes, etc.), ancêtres des artistes contemporains, et les modernes (Cézanne, Picasso, jusqu’à Jackson Pollock ou aux Automatistes ici). Ce chevauchement illustre parfaitement ce dont Foucault nous entretenait dans son ouvrage ; deux tendances concurrentes dans une même ère historique qui se superposent. Dès le début du 20e siècle et jusqu’à maintenant, les artistes ont poursuivi leurs itinéraires respectifs à travers dissensions ou associations de courants, de médiums, de disciplines et d’esthétiques.

Nous vivons actuellement une période charnière de l’histoire de l’art. Les canons de l’art traversent une mutation sans précédent qui engage des pratiques numériques et des démarches non occidentales. Les pratiques se métissent et s’entrecroisent ou s’approprient les unes les autres, non sans frictions et questionnements ontologiques.

Pourquoi ne pas transposer le modèle foucaldien aux cultures autres qu’occidentales ? Nous pourrions extrapoler la définition de Foucault en y incluant le temps et les choses des pratiques artistiques de diverses cultures à l’échelle de la planète, dont celles des Premiers Peuples des Amériques.

L’art est un travail du temps, sur le temps. En anglais, l’expression time-based media définit la vidéo, le cinéma, la performance, le spoken word, les arts médiatiques et numériques, de même que les arts de la scène et les arts de l’éphémère. Dans les disciplines plus « concrètes » et pérennes comme la peinture, le dessin, la sculpture et l’installation, le processus de création jusqu’à l’œuvre achevée est aussi affaire de temps. Le temps est une denrée rare et finie. Tempus fugit, les temps courent, nous sommes pressés par les échéances et par les calendriers d’une vie trépidante et agitée. Une vie où les conflits publics et privés sont incessants et où la mort guette constamment ; une vie où les maladies se tiennent à l’affût malgré les progrès de la science. Nous devenons chronophobes craignant de manquer de temps pour tout accomplir, faire les choses, pour ne pas oublier, pour pouvoir observer la prochaine génération qui pourrait sauver le monde des catastrophes annoncées.

Pour cette dernière année de mon mandat à la direction artistique, pourquoi ne pas fusionner courants et disciplines de l’art contemporain, pourquoi ne pas envisager de jouer avec le temps et les choses où, les artistes en dialogue avec les visiteurs, échafauderaient cet enjambement de périodes historiques et d’objets de l’art, à travers le work-in-progress que symbolise le Symposium.

Dans cette édition 2020, nous rendrons hommage à la mémoire de Jean-Claude Rochefort, critique d’art, galeriste et artiste, disparu tragiquement il y aura dix ans en 2020. Natif de Saint-Hilarion, Jean-Claude avait rédigé une thèse de doctorat intitulée Ruines et météores, faisant foi de son attachement et de son amour pour la région de Charlevoix, mais aussi de sa passion pour l’art hors des sentiers battus. Dans cet ouvrage immense, rigoureux et poétique, il présentait la preuve que l’art peut faire bouger les montagnes et le paysage, insérés au creux de l’Astroblème de Charlevoix. Ce sont quatre-cent-millions d’années qu’il réinterprétait à travers un parcours en art contemporain, avec l’apport du temps et des choses de l’art et de la nature.

Toutes les disciplines des arts visuels et médiatiques sont les bienvenues. Voici, parmi d’autres, des sujets ou objets (choses) pouvant être conjugués au projet :

  1. Le temps et les choses pourrait-il nous ramener au dispositif des cabinets de curiosités, qu’elles que soient les périodes historiques ou les cultures ?
    1. En version « physique » ;
    2. En version 3.0 ou numérique
  1. Le temps et les choses, entendu comme une référence au quotidien, qui fuit trop souvent entre nos doigts.
    1. Nous accumulons les choses, mais nous n’avons jamais assez de temps, ou bien nous perdons notre temps.
  1. Inventer un modèle pour une ontologie de l’art, inclusive de toutes les cultures, vers la création de nouveaux canons.
  • Discuter et démêler les concepts de métissages et d’appropriation artistiques et culturels.
  1. Illustrer ce que pourrait signifier un palimpseste de différentes périodes historiques en art.
    1. Littéralement ou métaphoriquement, créer des couches ou des strates représentant différentes ères historiques en art, mais avec un regard du 21e siècle.
  2. Utiliser les archives visuelles ou textuelles comme matériau pour créer une trame narrative. Les archives sont les choses et l’essence de la mémoire du temps.

Sylvie Lacerte, Ph. D

Directrice artistique, SIACBSP

3 septembre 2019

[1] C’est moi qui souligne.

[2] Jean-Claude Rochefort, Ruines et météores (2004), thèse de doctorat, Université du Québec à Montréal, p. 81, volume I.

CONDITIONS DE PARTICIPATION

Le Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul (MACBSP) est désigné comme étant l’organisme qui gère l’événement nommé Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul.

Douze dossiers seront retenus de la façon suivante : Six du Québec dont un du district fédéral Montmorency-Charlevoix-Côte-Nord, trois du Canada, trois de l’international. Tous les projets sont approuvés par le comité.

Le MACBSP s’engage à :

– Verser un cachet de 4500 $CAN incluant les matériaux et les droits d’auteur (payable en deux versements)

– Offrir l’hébergement

– Défrayer le transport aller-retour du lieu de résidence de l’artiste jusqu’à Baie-Saint-Paul.

– Fournir l’aménagement de l’espace/atelier sur le site du Symposium.

L’ARTISTE s’engage à :

– Être présent(e) sur le site 5 jours/semaine, soit du mercredi au dimanche de 12h à 17h et ce, pendant toute la durée du Symposium

– Réaliser une oeuvre sur place et la compléter pour la fin du Symposium.

– Interagir et échanger avec les visiteurs.

– Participer aux activités parallèles.

– Assurer son moyen de transport lors de son séjour à Baie-Saint-Paul.

Le comité de sélection choisira les participants en fonction de la qualité des projets et de sa relation avec le thème de l’édition. Tout dossier jugé incomplet ne sera pas considéré.

Le MACBSP pourra acquérir une ou plusieurs oeuvres pour sa collection, moyennant une entente avec l’artiste, soit sous forme monétaire (jusqu’à concurrence de 1000 $CAN), soit par l’émission d’un crédit d’impôt ou encore une combinaison des deux.

Pour information

Sandra Lavoie, adjointe exécutive à la programmation et aux opérations

418-435-3681

s.lavoie@macbsp.com

www.symposiumbsp.com

Pour soumettre votre candidature au 38e Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, veuillez remplir toutes les sections requises de ce formulaire. La taille totale de vos documents ne peut pas dépasser 20 meg. La date de tombée est le 15  novembre 2019 à 23h59 pm. Une fois soumis, il n’est plus possible de modifier votre formulaire. Vous recevrez une réponse quant à votre projet par courriel au courant du mois de janvier 2020. Les frais d’inscriptions sont de 25 $CAN, payables par Paypal.

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